Éléments de preuve extérieurs
Les inscriptions des politarques de Thessalonique et le bloc de la porte du Vardar
Question du lecteur
Que permet d’établir cet élément de preuve sur les Actes et les lettres de Paul ?
Des inscriptions de Thessalonique montrent que Actes 17:6 et 17:8 emploient le titre exact, politarques, pour les principaux magistrats de la cité : des textes allant d’Auguste à 143 apr. J.-C. énumèrent des collèges de cinq ou six membres. Un bloc de la porte du Vardar, aujourd’hui au British Museum, en énumère six selon la lecture habituelle, bien que sa date soit discutée. Le titre est rare dans la littérature mais courant dans les inscriptions de Macédoine. Ces inscriptions ne corroborent aucun événement, aucune caution ni aucune personne d’Actes 17:1–9.
- Date
- Le bloc de la porte du Vardar ne porte aucune formule de datation. Burton le plaçait après 30 av. J.-C., et peut-être jusqu’en 143 apr. J.-C. ou plus tard ; Athanasiadis date une liste qu’il cite comme IG X 2,1 126, décrite en des termes qui correspondent à ce texte, du début du Ier siècle apr. J.-C. plutôt que du IIe siècle retenu par Edson. Les autres textes de Thessalonique mentionnant des politarques s’échelonnent du règne d’Auguste à 143 apr. J.-C.
- Lieu de conservation actuel
- British Museum, Londres (bloc de la porte du Vardar, offert par J. E. Blunt en 1877, d’après le GIBM). Le texte augustéen de la porte de Kalamaria mentionnant des politarques est perdu (Burton).
- Degré de certitude
- Élevé
- Nature de ses appuis
- Attesté
- Références de catalogue
- CIG 1967; GIBM II 171
- Concerne
- Actes 17:1–9; Actes 17:5–9; Actes 17:6; Actes 17:8; Actes 19:29; Actes 20:4; Romains 16:21
Ce qu’il établit
Les principaux magistrats civiques de Thessalonique formaient un collège portant le titre de politarques, les fonctionnaires que les versions anglaises d’Actes 17:6 et 17:8 appellent les dirigeants de la cité. Un texte augustéen aujourd’hui perdu, provenant de la porte de Kalamaria, en nomme cinq, un texte de 143 apr. J.-C. en nomme six, et le bloc de la porte du Vardar en nomme six selon la lecture habituelle. Cela correspond au collège de plusieurs magistrats devant lequel Jason et d’autres croyants furent amenés.
Dans la littérature grecque conservée, le titre n’apparaît que dans les Actes ; Énée le Tacticien 26.12 (milieu du IVe siècle av. J.-C.) présente une forme apparentée, politarchos. Les inscriptions attestent souvent cette fonction, en très grande majorité en Macédoine. Les Actes emploient donc un terme régional précis plutôt qu’un mot générique désignant des dirigeants.
Le texte de 143 apr. J.-C. nomme aussi le conseil (boule) et le peuple (demos) de la cité, le cadre civique que supposent Actes 17:5–9 lorsque la foule cherche à amener les missionnaires devant le peuple. Une assemblée et un conseil étaient habituels dans les cités grecques ; ce détail est donc générique, et la correspondance distinctive est le titre de politarque.
Ce qu’il n’établit pas
Elles ne corroborent aucun événement d’Actes 17:1–9 : ni la prédication à la synagogue, ni l’émeute, ni l’hospitalité de Jason, ni la caution exigée de Jason et des autres.
La fonction est attestée d’avant l’organisation romaine de 167 av. J.-C. (selon la lecture que fait Mari de la loi éphébarchique d’Amphipolis) jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C., dans de nombreuses villes de Macédoine et au-delà. Un emploi correct du titre ne peut donc pas, à lui seul, dater les Actes ni montrer que leur auteur fut un témoin oculaire.
Les noms Sosipatros, Secundus et Gaius figurant sur le bloc étaient courants. Secundus est le père du premier politarque et Gaius le prénom d’un autre politarque, Gaius Agilleius Poteitus ; ils n’identifient donc pas Second ou Gaïus, mentionnés en Actes 19:29 et 20:4, ni Sosipater de Romains 16:21.
Où les interprètes divergent
Parmi les questions ouvertes figure la date du bloc de la porte du Vardar. La datation flavienne ou plus tardive de Boeckh (pas avant 69 apr. J.-C.) reposait sur un nom mal lu ; Burton le datait d’après 30 av. J.-C., et peut-être de 143 apr. J.-C. ou plus tard ; Athanasiadis signale une redatation au début du Ier siècle d’une liste qu’il cite comme IG X 2,1 126, apparemment ce texte, contre la date du IIe siècle proposée par Edson. Le bloc énumère six politarques selon la lecture habituelle, bien que Mordtmann ait jugé cinq possibles. La question plus large est de savoir ce qu’un titre correct ajoute à la fiabilité des Actes : Hemer compte de tels détails comme des indices d’un auteur informé, tandis que Pervo date les Actes d’environ 115 apr. J.-C. Les affirmations selon lesquelles les spécialistes auraient douté du titre jusqu’à la découverte de ce bloc ne sont pas confirmées : il fut publié en 1740, et des lexiques du Nouveau Testament du XIXe siècle le citaient déjà (Burton).
Autres lectures
Un auteur informé mais plus tardif. Les données de Burton montrent des politarques jusqu’au IIIe siècle apr. J.-C. ; un auteur bien informé écrivant au début du IIe siècle (comme Pervo le soutient pour les Actes) pourrait donc encore employer correctement le titre. Selon cette lecture, les inscriptions confirment l’exactitude du cadre, non une date haute ni une narration de témoin oculaire.
Un détail exact dans un faisceau d’indices. Hemer et d’autres considèrent le titre correct comme l’un des nombreux détails locaux précis des Actes, qui, ensemble, désignent un auteur connaissant de près les lieux décrits. Même dans cette perspective, les inscriptions confirment le titre, non l’épisode.
Propre à la Macédoine plutôt qu’à Thessalonique seule. Des politarques sont attestés dans d’autres villes de Macédoine ainsi qu’en Thrace, en Bithynie et dans le Bosphore, et un politarches apparaît dans des papyrus ptolémaïques d’Héracléopolis, en Égypte. Le terme convient donc à une cité de Macédoine en général plutôt qu’il ne constitue un détail d’initié propre à Thessalonique, bien que Thessalonique fournisse une part exceptionnellement importante des données.
Bibliographie et sources
- C. T. Newton (ed.), The Collection of Ancient Greek Inscriptions in the British Museum, Part II — GIBM II no. CLXXI (171), Macedonia section Voir la source
- W. M. Ramsay, St. Paul the Traveller and the Roman Citizen — ch. X, sec. 6, p. 227 Voir la source
- Wikidata: Golden Gate (Thessaloniki), alias Vardar Gate — Q96631855 Voir la source
- Pleiades: Thessalonica — 491741 Voir la source
Citer cette page
Thomas Diong. “Les inscriptions des politarques de Thessalonique et le bloc de la porte du Vardar.” Lettres de Paul · Pauline Letters. Mis à jour 2026-10-23. https://paulineletters.com/fr/explore/evidence/thessalonica-politarchs
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